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đ„đ„ "De la Prison au Pouvoir : L'Ascension de la DĂ©esse GuerriĂšre "đ„”đ
Chapitre 1 Le retour de la dĂ©esse de guerre Un cri de bĂ©bĂ© dĂ©chira la piĂšce aseptisĂ©e. Une seule fois. Bref. Fragile. Puis le silence. La peur submergea Scarlett tandis quâelle se tordait contre les chaĂźnes qui attachaient ses poignets et ses chevilles au lit de la prison mĂ©dicale. â OĂč est mon bĂ©bĂ© ? demanda-t-elle, la voix Ă peine stable. LâinfirmiĂšre hĂ©sita. Puis, tout bas : â Nous sommes dĂ©solĂ©s⊠il nâa pas survĂ©cu. .... â Commandante ? Scarlett a ouvert les yeux. La cabine du jet privĂ© est apparue nettement. Une seconde encore, sa respiration est restĂ©e saccadĂ©e. Puis lâĂ©motion a disparu, enfouie sous le mĂȘme calme maĂźtrisĂ© quâelle portait depuis des annĂ©es. Howard se tenait Ă une distance respectueuse. â On atterrit dâune minute Ă lâautre. Elle tourna la tĂȘte vers le hublot. En bas, la ville sâĂ©tirait sous les nuages â la mĂȘme ligne dâhorizon qui lâavait autrefois dĂ©truite. Son reflet la fixait dans la vitre. Froid. PosĂ©. Intouchable. Dehors : â Ăvacuez le terminal ! Lâordre claqua dans tout lâaĂ©roport. En quelques secondes, des agents armĂ©s se mirent en place avec une prĂ©cision impeccable, bouclant le hall des arrivĂ©es et formant deux rangĂ©es raides le long de lâallĂ©e centrale. Sur le tarmac, des hĂ©licoptĂšres militaires tournaient au-dessus tandis que des SUV noirs blindĂ©s sâalignaient au cordeau. Des officiels, des chefs dâentreprise et des officiers dĂ©corĂ©s attendaient en silence. Personne ne parlait. Personne ne bougeait. Tous les regards restaient rivĂ©s sur le jet privĂ© dont la porte sâouvrit. Puis elle apparut. Elle franchit la porte de lâappareil en tenue tactique noire, la coupe nette Ă©pousant sa silhouette. Chaque pas Ă©tait mesurĂ©, sans effort â et pourtant, lâaura dâautoritĂ© tranquille quâelle dĂ©gageait coupait le souffle Ă toute lâassemblĂ©e. Elle paraissait bien trop jeune pour le genre de pouvoir qui la suivait. Mais dĂšs que ses rangers touchĂšrent le tarmac, personne ne douta de son identitĂ©. â Commandante Hayes. Lâofficier supĂ©rieur le plus proche de la piste inclina la tĂȘte. Dans la foulĂ©e, tous les soldats mirent un genou Ă terre. Le bruit des genoux rĂ©sonna sur la piste. Scarlett sâarrĂȘta, lâexpression illisible, contemplant la scĂšne. Puis son regard glissa vers lâhomme derriĂšre elle. â Howard, jâavais demandĂ© de la discrĂ©tion, dit Scarlett dâune voix calme mais sans Ă©quivoque, nettement contrariĂ©e. Sa voix Ă©tait basse. Mais elle portait loin. Howard se redressa aussitĂŽt. â Mes excuses, Commandante, dit-il. Je nâavais pas connaissance de cette organisation. Un bref instant, la tension ambiante se durcit. Puis elle dĂ©tourna les yeux. â Faites-les se retirer. â Oui, Commandante. En quelques minutes, les hĂ©licoptĂšres dĂ©collĂšrent, les vĂ©hicules dĂ©gagĂšrent la piste et les officiels se dispersĂšrent. Le spectacle sâĂ©vapora aussi vite quâil sâĂ©tait formĂ©. Howard sâapprocha. â On va oĂč maintenant ? Le regard de Scarlett resta fixĂ© sur la piste devant elle. â La prison. Pour la premiĂšre fois, Howard hĂ©sita. â ⊠La prison ? Elle ne rĂ©pondit pas tout de suite. Son visage demeura figĂ©, impĂ©nĂ©trable. Cinq ans plus tĂŽt, on lâavait ramenĂ©e de force dans une famille qui ne lâavait jamais voulue. ĂlevĂ©e loin de la ville, elle Ă©tait traitĂ©e comme une tache sur leur belle rĂ©putation â la fille oubliĂ©e quâon ne reconnaissait que quand cela servait leurs intĂ©rĂȘts. Elle avait passĂ© des annĂ©es Ă tenter de gagner leur approbation. Ă essayer dâĂȘtre Ă la hauteur. Ă trouver sa place. Alors quand on lui avait ordonnĂ© dâĂ©pouser James Whitmore â lâhĂ©ritier de lâune des familles les plus influentes de la ville â elle avait acceptĂ©. Elle sâĂ©tait dit que peut-ĂȘtre, juste peut-ĂȘtre, si elle jouait le rĂŽle quâils voulaient, les choses finiraient par changer. Elle sâĂ©tait trompĂ©e. Le jour du mariage, tout dĂ©rapa. James entretenait dĂ©jĂ une liaison avec sa demi-sĆur, Sadie. Ensemble, ils lâaccusĂšrent dâinfidĂ©litĂ©. Ils prĂ©tendirent quâelle Ă©tait enceinte dâun autre homme. Câest alors que Scarlett comprit la vĂ©ritĂ©. Lâhomme avec qui elle avait passĂ© la nuit des semaines plus tĂŽt â celui quâelle croyait ĂȘtre James â nâavait jamais Ă©tĂ© lui. Tout avait Ă©tĂ© arrangĂ©. Dans les moindres dĂ©tails. Quand Sadie simula une fausse couche pour faire croire que Scarlett lâavait agressĂ©e, la famille se retourna contre elle sans hĂ©sitation. Ses parents ne cherchĂšrent jamais la vĂ©ritĂ©. Ils sâen fichaient. Ils avaient choisi leur camp. Scarlett fut battue, humiliĂ©e et jetĂ©e en prison. Plus tard, Sadie vint la voir. Le sourire aux lĂšvres. Elle avoua tout. La grossesse Ă©tait fausse. Le sang avait Ă©tĂ© mis en scĂšne. Il nây avait jamais eu de fausse couche. Tout nâĂ©tait quâune mise en scĂšne. Scarlett se jeta contre la vitre du parloir, prĂȘte Ă la mettre en piĂšces. Mais les barreaux et les chaĂźnes rendent la rage impuissante. Une seule chose lâavait soutenue ces mois-lĂ . Lâenfant qui grandissait en elle. Lâenfant dont elle nâavait jamais connu le pĂšre. Et puis, aprĂšs un accouchement brutal Ă lâinfirmerie de la prison, son bĂ©bĂ© mourut. Elle nâavait jamais pu le prendre dans ses bras. Jamais vu son visage. James emporta le corps de lâenfant. Lâaffaire sâarrĂȘta lĂ . Ou du moins, câest ce quâils croyaient. Parce que le destin en avait dĂ©cidĂ© autrement. Un programme de recrutement militaire classifiĂ© repĂ©ra les aptitudes de combat de Scarlett pendant son incarcĂ©ration. Elle fut transfĂ©rĂ©e sous ordres scellĂ©s. Sâensuivirent des annĂ©es de guerres, dâopĂ©rations clandestines et de survie dans des lieux conçus pour briser les ĂȘtres humains. Au contraire, elle sâĂ©leva. Elle devint lâune des commandantes les plus dĂ©corĂ©es de lâhistoire militaire rĂ©cente. Elle bĂątit un rĂ©seau de renseignement et de sĂ©curitĂ© assez puissant pour tenir tĂȘte aux gouvernements. Et elle se forgea une telle rĂ©putation que ses ennemis se rendaient avant mĂȘme quâelle ne mette un pied sur le champ de bataille. Maintenant, elle Ă©tait de retour. Et cette fois, elle ne revenait pas comme la fille quâils avaient brisĂ©e. Elle revenait comme la femme quâils allaient craindre. Howard sâĂ©claircit la gorge avec prĂ©caution. â Tu nâas pas besoin dây retourner, dit-il prudemment. Scarlett se tourna vers lui. Son expression Ă©tait calme. Trop calme. â On retourne toujours lĂ oĂč on a Ă©tĂ© brisĂ©e. Puis elle ajouta, presque Ă voix basse. Et on fait en sorte que ça nâarrive plus jamais.... Au centre de dĂ©tention, Scarlett enfila un simple uniforme de prison, dĂ©pouillĂ©e de tout ce qui pouvait la rendre reconnaissable. Aucune mĂ©daille. Aucun grade. Aucune armure. Elle voulait voir qui viendrait affronter la version dâelle quâils croyaient encore exister. Quand elle sortit, deux personnes lâattendaient. James Whitmore. Et Sadie Hayes. Ăvidemment. Sa mĂšre Ă©tait absente. James sâavança le premier, un dossier Ă la main. Il la regarda avec un mĂ©pris Ă©vident. â Signe les papiers du divorce. Tu recevras cinq cent mille dollars en rĂšglement. Scarlett jeta un Ćil au dossier, puis Ă lui. Un rire bref lui Ă©chappa â bas et glacĂ©. â Cinq cent mille ? Elle inclina la tĂȘte. â Câest ce que vaut mon silence, selon toi ? La mĂąchoire de James se crispa. â Ne complique pas les choses. JâĂ©pouse Sadie. Tu reçois plus que tu ne mĂ©rites. Elle le fixa un long moment. Puis son regard glissa vers Sadie, campĂ©e Ă son bras avec un petit air suffisant. â Donc ça, câest de la gĂ©nĂ©rositĂ© ? Sa voix se durcit. â Dis-moi, James⊠tu peux me rendre lâenfant que tu mâas volĂ© ? Aucun des deux ne rĂ©pondit. â Tu peux me rendre les cinq annĂ©es que jâai perdues ? Son visage se ferma. â Cet enfant Ă©tait une erreur. Une honte. Tu devrais nous ĂȘtre reconnaissante dâavoir effacĂ© cette souillure. Le monde sembla sâarrĂȘter. Howard, plus loin, sentit la tempĂ©rature chuter. Les doigts de Scarlett se refermĂšrent en poing. Quand elle reposa les yeux sur James, il nây avait plus rien dâhumain dans son regard. Rien que le jugement. Rien que la mort. Lentement, elle saisit les papiers du divorce. James eut un rictus, sĂ»r de sa victoire. Elle signa. Puis, dâun seul geste, elle lui claqua le dossier en plein visage si fort quâil recula en titubant. Le craquement rĂ©sonna sur le parking. Il la dĂ©visagea, incrĂ©dule. Scarlett sâapprocha. â Ce divorce ? Sa voix Ă©tait tranchante comme une lame. â Ce nâest pas toi qui le demandes. Elle le fixa sans ciller. â Tu nâas jamais Ă©tĂ© digne de moi. Un silence. Puis. âCâest moi qui te laisse derriĂšre moi. *** Chapitre 2 La diffĂ©rence James avait l'air Ă deux doigts d'exploser. â Scarlett... Hayes. Il serra les dents en prononçant son nom, chaque syllabe lourde d'une rage Ă peine contenue. Au moment oĂč il allait perdre le contrĂŽle, Sadie tendit la main et tira doucement sur sa manche. â James... peutâĂȘtre que je devrais lui parler, dit doucement Sadie, la voix tremblante. Au fond... c'est moi qui lui ai fait du mal en premier. La voir, les larmes aux yeux et Ă©crasĂ©e par la culpabilitĂ©, lui serra le cĆur. Ă ses yeux, Scarlett avait fait du mal Ă Sadie encore et encore â elle leur avait mĂȘme coĂ»tĂ© leur enfant. Et pourtant, Sadie ne l'avait jamais blĂąmĂ©e. Au contraire, elle se blĂąmait elleâmĂȘme â de â lui avoir pris James, pour tout ce qui Ă©tait arrivĂ©. Comment pouvaitâelle ĂȘtre aussi dĂ©sintĂ©ressĂ©e ? â S'il te plaĂźt... laisseâmoi lui parler, murmura Sadie, fragile, suppliante. James hĂ©sita un instant, puis finit par s'Ă©carter. DĂšs qu'elle se posta face Ă Scarlett â Tout changea chez elle. Les larmes disparurent. Ă la place, un sourire froid et moqueur. â Scarlett, l'uniforme de prisonniĂšre t'allait drĂŽlement bien, ditâelle avec un rictus. Franchement, t'aurais dĂ» rester enfermĂ©e Ă vie. Les yeux de Scarlett se plissĂšrent, l'agacement lui traversant le visage. â Je ne suis pas d'humeur pour tes jeux, ditâelle d'une voix plate. T'inquiĂšte pas, t'auras pas longtemps Ă attendre. Ses lĂšvres se relevĂšrent Ă peine. â J'ai entendu dire que ton mariage Ă©tait dans trois jours. J'y serai. Bref silence. â Pour rĂ©gler nos comptes. Le cĆur de Sadie fit un bond. Une inquiĂ©tude fugace traversa son visage. Qu'estâce que Scarlett prĂ©parait ? Mais la sensation s'Ă©vanouit aussitĂŽt. Elle ricana, le regard plein de dĂ©dain. â Comme si tu pouvais faire quoi que ce soit, ditâelle en riant. Vasây. Essaie. Son ton se durcit, devenant venimeux. â Qu'on soit claires : quoi que tu fasses, Tu ne seras toujours quâun rat dans mon ombre â James est Ă moi. â Ta mĂšre ? Ă moi aussi. â T'as dĂ©jĂ perdu, Scarlett. ComplĂštement. Scarlett la regarda comme on regarde un clown sur scĂšne. Un sourcil se haussa, son expression paresseuse, presque amusĂ©e. â Tu crois pas que tu cĂ©lĂšbres un peu trop tĂŽt ? â Oh ? Toujours pas prĂȘte Ă lĂącher ? ricana Sadie. Puis, aprĂšs un coup d'Ćil rapide vers James â pour s'assurer qu'il ne regardait pas âelle leva la main et se gifla. CLACâ Ses yeux se remplirent aussitĂŽt de larmes. â Pardon, sĆurette ! s'Ă©criaâtâelle, la voix tremblante. C'est entiĂšrement ma faute ! J'aurais pas dĂ» te prendre James ! Jâje voulais pas... Je l'aime trop, c'est tout... Pardon... je suis tellement dĂ©solĂ©e... Scarlett sentit une vague de dĂ©goĂ»t devant la scĂšne. Et pourtant âil y avait toujours des idiots pour y croire. James se prĂ©cipita et la serra dans ses bras. â Sadie ! Ăa va ?! â Ăa va..., chuchotaâtâelle faiblement. Ne lui en veux pas... c'est ma faute... Sa voix tremblante et son visage mouillĂ© de larmes ne firent qu'attiser la colĂšre de l'homme. Il se retourna d'un coup et fusilla Scarlett du regard, les yeux en feu. â Scarlett ! Comment tu peux ĂȘtre aussi cruelle ?! Si t'es en colĂšre, dĂ©fouleâtoi sur moi ! Elle n'y est pour rien ! Le regard de Scarlett glissa paresseusement vers Sadie. â Je ne l'ai pas touchĂ©e. â Tu nies encore ?! lĂącha James, les poings serrĂ©s. Scarlett laissa Ă©chapper un souffle bref, presque amusĂ©. â Je peux le prouver. Le prouver ? James et Sadie se figĂšrent, la confusion traversant leurs visages. Comment on prouvait un truc pareil ? Avant qu'ils ne rĂ©agissent âScarlett leva la main. Puis â CRACâSon bras claqua comme un fouet. L'impact fut explosif. Sadie tourna sur place comme une toupie, tituba en rond puis s'Ă©crasa violemment au sol, les membres Ă©pars. Sa chevelure partit en vrille totale. Le cĂŽtĂ© droit de son visage enfla presque aussitĂŽt, devenant d'un rouge vilain. Quand elle ouvrit la bouche âle sang jaillit. Avec plusieurs dents. Elle Ă©tait dĂ©molie. Sadie fixa Scarlett, sous le choc, la mĂąchoire pendante. James resta figĂ©, l'esprit totalement vide. Personne ne s'attendait âĂ ce que Scarlett la frappe pour de vrai. Et surtout pas comme ça. Dans le silence Ă©touffant, Scarlett esquissa un lĂ©ger sourire. â Tu vois la diffĂ©rence ? ditâelle d'un ton lĂ©ger. VoilĂ Ă quoi ça ressemble quand c'est moi qui frappe. S'ils tenaient Ă lui coller ça sur le dos âalors elle le rendrait rĂ©el. Pas juste rĂ©el. Inoubliable. Les mains de James tremblaient de rage. â Tu dois t'excuser auprĂšs de Sadie ! Scarlett lĂącha un lĂ©ger ricanement. â CrĂ©tin. MĂȘme aprĂšs ça, il ne voyait toujours pas la vĂ©ritĂ© ? Elle ne jugea pas utile de lui accorder un regard de plus. Elle tourna les talons et s'Ă©loigna. â Ne m'ignore pas ! rugit James en se jetant en avant pour attraper son Ă©paule. Scarlett s'arrĂȘta net. Ses yeux s'assombrirent. Froids. AiguisĂ©s. Dangereux. Sans mĂȘme se tourner complĂštement, elle se dĂ©cala â esquiva sa main sans effort. Puis elle bougea. Vite. Elle attrapa son poignet, le tordit et dans un mĂȘme mouvement fluide, le fit passer parâdessus son Ă©paule. James dĂ©crivit un bel arc dans les airs avant de s'Ă©craser face la premiĂšre au sol. Sec. Un craquement Ă©cĆurant rĂ©sonna. Le sang gicla de son nez. Le visage de Sadie se vida de tout son sang. Elle s'attendait Ă ce que James la dĂ©fende. Pas... ça. Elle tourna la tĂȘte vers Scarlett, raide, l'incrĂ©dulitĂ© peinte sur le visage. Depuis quand Ă©taitâelle aussi forte ? James se releva en titubant, s'essuyant le nez. La façon dont il regardait maintenant Scarlett âc'Ă©tait de la haine pure. Scarlett leva nonchalamment le poing, un sourire sauvage au coin des lĂšvres. â Quoi ? T'en veux encore ? Elle fit un pas. James recula aussitĂŽt â encore et encore â pour mettre de la distance entre eux. Scarlett laissa Ă©chapper un rire moqueur. â Pitoyable. L'humiliation le brĂ»lait, mais il n'osa pas bouger. Pas aprĂšs ça. Scarlett se tourna et marcha vers la voiture garĂ©e sur le basâcĂŽtĂ©. Sans se retourner, elle leva la main dans un salut paresseux. â Ă dans trois jours, au mariage. Elle n'avait pas de temps Ă perdre ici. Elle avait des gens Ă voir â Ses parents adoptifs. Son frĂšre. Cinq ans. Ăa faisait cinq longues annĂ©es. â Putain ! James serra les dents si fort qu'elles semblaient prĂȘtes Ă Ă©clater. Il avait toujours Ă©tĂ© celui auâdessus des autres â intouchable. Et aujourd'hui ? Il venait d'ĂȘtre humiliĂ© comme jamais. Et non seulement ça â Il Ă©tait censĂ© aller Ă l'aĂ©roport avec son pĂšre pour accueillir une personnalitĂ© importante. Ă la place, il Ă©tait venu ici pour forcer Scarlett Ă signer les papiers du divorce. Et qu'estâce qu'il avait obtenu ? Rien. Il avait tout ratĂ©. Tout ça Ă cause d'elle. Scarlett. Son expression s'assombrit. TrĂšs bien. Si elle voulait se pointer au mariage dans trois jours â Parfait. Il s'assurerait qu'elle paie pour tout. Mais en repensant Ă sa force terrifiante, il plissa les yeux. Il aurait besoin de renfort. Cette fois, il la ferait mettre Ă genoux. Supplier. ... Dans la voiture, Howard jeta un coup d'Ćil Ă Scarlett dans le rĂ©troviseur. Elle avait remis une tenue civile. Les yeux fermĂ©s, elle se reposait. â On va oĂč, Commandant ? â Chez mes parents adoptifs, rĂ©ponditâelle calmement. Et, Ă partir de maintenant, appelleâmoi Patronne. Je ne veux pas qu'on dĂ©voile mon identitĂ©. â Bien reçu. Ă ce momentâlĂ â Un enfant surgit soudain sur la chaussĂ©e. â Merdeâ ! Howard donna un grand coup de volant. La voiture crissa, Ă©vitant de justesse la glissiĂšre. Les yeux de Scarlett se rouvrirent d'un coup ; sa main agrippa la poignĂ©e auâdessus. â Qu'estâce qui se passe ? â Un gamin a dĂ©boulĂ© ! Sans hĂ©siter, elle ouvrit la portiĂšre et descendit. Un petit garçon Ă©tait au sol un peu plus loin, peinant Ă se relever. Il avait l'air d'avoir quatre ou cinq ans. â Hey, ça va ? demandaâtâelle en se prĂ©cipitant pour l'aider Ă se mettre debout. Puis â elle se figea. Le visage du petit... Pourquoi lui ressemblaitâil autant ? Les yeux de l'enfant s'agrandirent. Il la fixa, le regard clair et brillant. Pendant quelques secondes, il ne dit rien. Puis, lentement, avec hĂ©sitation, Maman ? Chapitre 3 Monstre Ce seul motâMaman... Il frappa Scarlett comme une onde de choc. Son cĆur fit un bond. Une fraction de seconde, elle retomba quatre ans en arriĂšre... vers la minuscule vie quâelle avait perdue au moment mĂȘme oĂč elle Ă©tait venue au monde. Si son enfant Ă©tait encore en vieâ Il aurait cet Ăąge-lĂ , maintenant. La pensĂ©e lui serra la poitrine. En regardant le garçon, son regard sâadoucit sans quâelle sâen rende compte. Un dĂ©ferlement dâĂ©motions la traversa. Nostalgie. Chagrin. CulpabilitĂ©. Tendresse. Des sentiments quâelle nâarrivait pas Ă nommer... tout emmĂȘlĂ©s. Ă ce moment-lĂ , Howard sâapprocha, les yeux allant de Scarlett au garçon. â BoâBoss... câest votre gosse ? lĂącha-t-il, sidĂ©rĂ©. â Il vous ressemble trop. Les mĂȘmes yeux, le mĂȘme visageâcâest du copier-coller. Bon sang. La cheffe de lâUnitĂ© Obsidian... la fameuse DĂ©esse de la Guerre... Avait un enfant ? Si ça sâĂ©bruitait, tout le milieu en serait secouĂ©. Scarlett lui lança un regard. â Je ne le connais pas, dit-elle dâune voix posĂ©e. Il doit juste avoir peur et mâa prise pour quelquâun dâautre. Pourtant, elle dĂ©tailla le garçon de plus prĂšs. Il y avait un air. Mais des sosies, ça ne manquait pas... Et au fond, elle le savaitâ Impossible. Son enfant... NâĂ©tait plus. Le visage du petit se froissa dĂšs quâil entendit sa rĂ©ponse. La lueur dans ses yeux sâĂ©teignit, remplacĂ©e par une dĂ©ception silencieuse. â Laisse-moi voir si tu es blessĂ©, dit doucement Scarlett. Mais avant quâelle ne bougeâ Un cri brutal fendit lâair derriĂšre eux. â Le voilĂ ! Attrapez-le ! Le petit corps du garçon se figea. Ses yeux sâĂ©carquillĂšrent de peur en voyant le groupe foncer sur eux. â HĂ©... ça va, dit doucement Scarlett en posant une main sur sa tĂȘte. Je suis lĂ . Personne ne te fera de mal. La chaleur de ce contactâ Le rassura presque aussitĂŽt. Sans rĂ©flĂ©chir, il se blottit contre elle, sâagrippant Ă cette rare impression de sĂ©curitĂ©. Scarlett se releva lentement, le visage se glaçant alors quâelle faisait face Ă ceux qui approchaient. â Viens ici ! aboya lâhomme balafrĂ© au garçon. TerrifiĂ©, lâenfant entoura instinctivement la jambe de la jeune femme et sây accrocha de toutes ses forces. Câest lĂ quâelle remarquaâ Des bleus sur ses bras. Des plaies fraĂźches le long du cou. Certaines saignaient encore. Son regard sâassombrit net. Lâair autour dâelle sembla se refroidir. Ils avaient fait ça... Ă un enfant ? ĂcĆurant. Avant quâelle ne parle, lâhomme balafrĂ© ricana. â Te mĂȘle pas de ça si tu tiens Ă la vie, grogna-t-il. Sinon je tâenterrerai. Howard faillit Ă©clater de rire. Lâenterrer, elle ? La personne capable de ça nâĂ©tait sans doute pas encore nĂ©e. Il fit craquer ses jointures et sâavançaâ Scarlett lâarrĂȘta dâun geste. â Je mâen occupe. Son expression Ă©tait froide. Impitoyable. Comme un juge qui rend sa sentence. Il y a quatre ans, son enfant Ă©tait mort. Ă lâĂ©poque, elle Ă©tait impuissante. Trop faible pour le protĂ©ger. Mais maintenantâ Plus jamais ça. Howard la regarda, mi-amusĂ©. â Boss, ces types ne valent mĂȘme pas le coup. Te faire bouger pour eux, câest comme sortir un missile pour une bagarre de rue. Scarlett lâignora. Elle poussa doucement le garçon vers lui. â Mets-le en sĂ©curitĂ©. Puisâ Elle bougea. Une ombre. Rapide comme lâĂ©clair. Avant que quiconque ne rĂ©agisse, elle Ă©tait dĂ©jĂ devant eux. Sa jambe partit dâun coupâ BAMâ Lâimpact fut brutal. Lâhomme quâelle frappa poussa un grognement guttural tandis que plusieurs cĂŽtes craquaient net. Du sang jaillit de sa bouche, ses yeux se rĂ©vulsĂšrent et il sâeffondra. K.-O. Les autres se figĂšrent. La peur envahit leurs visages. CâĂ©tait quoi, cette femme ? MĂȘme eux nâĂ©taient pas aussi sans pitiĂ©. Elle brisait des os sans hĂ©siterâ Sans mĂȘme ciller. Scarlett se tourna lentement, le visage impassible. Sa voix Ă©tait calme. Froide. Mortelle. â Qui lui a fait ça ? Un silence. â Brisez-vous les bras. Arrogant. Dâune arrogance hallucinante. â Merde ! Tu cherches la mort ! cracha lâhomme balafrĂ©. â Tu crois pouvoir nous affronter toute seule ? Il abattit la main, sec. â Chopez-la ! Je mâen fous de sa forceâça reste une seule personne ! Le client paie cent mille chacun si on ramĂšne le gosse ! Il nâen fallut pas plus. LâappĂąt du gain alluma une flamme dans leurs yeux. â Le chef a raison ! On va pas perdre contre une nana ! Attrapez-la ! GonflĂ©s par la cupiditĂ©, ils chargĂšrent, barres de fer levĂ©es. Le gamin serra les poings, tout crispĂ© en la regardant se faire entourer. LâinquiĂ©tude lui monta aux yeux. Scarlett, elle, resta parfaitement calme. Elle roula la nuque. Fit craquer ses doigts. Pop. Pop. Une barre de fer fondit droit sur sa tĂȘteâ Elle leva la mainâ Et lâattrapa. Sans effort. Lâhomme au bout de la barre se figea. Il avait frappĂ© de toutes ses forces. Et elle avait juste... arrĂȘtĂ© ça ? Mais la suiteâ Fut pire. Scarlett resserra sa prise. Criiicâ Le mĂ©tal se mit Ă plier. Sous leurs yeux. Il se dĂ©forma. Se tordit. JusquâĂ â Se refermer. Le grincement sec rĂ©sonna dans le silence soudain. Tout le monde stoppa net. Personne nâosa avancer dâun pas. Scarlett plia la barre en angle droit parfaitâ Puis la lui arracha tranquillement et la jeta sur le cĂŽtĂ©. Silence. Lourd. Suffocant. Quelquâun avala sa salive. â Monstre... barrez-vous ! COUREZ ! La panique Ă©clata aussitĂŽt. Ils se dispersĂšrent dans tous les sens. Le regard de Scarlett sâassombrit. Les blessures du garçon lui revinrent en tĂȘte. Et puisâ Son propre enfant. Sâil avait vĂ©cu... Il aurait cet Ăąge-lĂ . Ses yeux se plissĂšrent. Fuir ? Hors de question. Elle sâaccroupit, ramassa une poignĂ©e de petits caillouxâ Et fit un mouvement du poignet. Fiuuâfiuuâfiuuâ Les pierres fendirent lâair avec une prĂ©cision meurtriĂšre. â AAAAHâ ! Un par un, les fuyards sâĂ©croulĂšrent, se tenant les jambes, hurlant de douleur. Les yeux du garçon sâilluminĂšrent. Elle Ă©tait incroyable. Si forte. Trop stylĂ©e. Ăa ne pouvait ĂȘtre que sa maman. Il se rappelaâ Il en avait dĂ©jĂ rĂȘvĂ©. Un rĂȘve oĂč il Ă©tait en danger, et oĂč sa mĂšre apparaissait juste Ă temps pour le sauver. Et maintenantâ CâĂ©tait rĂ©el. Mais alorsâ Lâhomme balafrĂ©, toujours au sol, sortit une arme. Le canon pointa droit sur la tĂȘte de Scarlett. â Maman ! Attention ! cria le garçon, blĂȘme. La dĂ©tente fut pressĂ©e. BANGâ La balle partit. ***


